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Oswald Wirth : Le Tarot comme architecture symbolique

L'Amoureux entour de deux femme s et surmonté par un ange qui a les yeux bandés

De l'ordre des images à une discipline du regard


Parmi les auteurs qui ont rendu au Tarot sa portée symbolique et initiatique, Oswald Wirth occupe une place singulière.


Son apport ne réside pas seulement dans la création d’un jeu devenu célèbre, ni dans son interprétation des vingt-deux arcanes majeurs. Il tient surtout à une exigence : ne jamais considérer les cartes comme des images isolées auxquelles seraient attachées des significations toutes faites.


Chez Wirth, le Tarot forme un ensemble ordonné. Chaque arcane possède un nombre, une place, des attributs et des relations. Une carte parle par ce qu’elle représente, mais aussi par ce qui la précède, ce qui lui répond et le mouvement qu’elle introduit.

Le Tarot devient ainsi une véritable grammaire symbolique.


Le symbole ne nous dispense pas de penser. Il met la pensée en mouvement.


Parmi les auteurs qui ont rendu au Tarot sa portée symbolique et initiatique, Oswald Wirth occupe une place singulière. Son apport ne réside pas seulement dans la création d’un jeu devenu célèbre, ni dans son interprétation des vingt-deux arcanes majeurs. Il tient surtout à une exigence : ne jamais considérer les cartes comme des images isolées auxquelles seraient attachées des significations toutes faites.


Chez Wirth, le Tarot forme un ensemble ordonné. Chaque arcane possède un nombre, une place, des attributs et des relations. Une carte parle par ce qu’elle représente, mais aussi par ce qui la précède, ce qui lui répond et le mouvement qu’elle introduit. Le Tarot devient ainsi une véritable grammaire symbolique.


Oswald Wirth, un penseur du symbole


Né en Suisse en 1860 et établi en France, Oswald Wirth fut écrivain, penseur du symbolisme et franc-maçon. Sa rencontre avec Stanislas de Guaita, à la fin du XIXe siècle, orienta ses recherches vers l’hermétisme, la Kabbale et les traditions initiatiques. Encouragé par celui-ci, il redessina en 1889 les vingt-deux arcanes majeurs. Ce travail aboutira plusieurs décennies plus tard à son ouvrage majeur, Le Tarot des imagiers du Moyen Âge.


Wirth cherche moins à juxtaposer des signes ésotériques qu’à retrouver une cohérence. Figures, nombres, couleurs, gestes et objets doivent pouvoir être observés les uns par rapport aux autres. Le jeu n’est pas un catalogue d’images : il est une architecture du sens.


Le symbole n’est pas une définition déguisée


Un signe conventionnel renvoie généralement à une signification déterminée. Le symbole, lui, ne se laisse pas épuiser par une seule définition. Il condense plusieurs niveaux de sens et relie des réalités visibles et invisibles, personnelles et universelles. Il demande du temps, de l’observation et une mise en relation.


Si chaque arcane possédait une signification unique, il suffirait d’apprendre un dictionnaire : le Bateleur signifierait toujours le commencement, l’Empereur l’autorité, la Lune l’illusion et le Monde l’accomplissement. Une telle lecture serait rassurante, mais elle appauvrirait les images en les transformant en étiquettes.


Le Bateleur peut évoquer l’élan initial, mais aussi l’inexpérience, l’habileté ou la dispersion. L’Empereur peut représenter la construction nécessaire comme la rigidité d’un ordre devenu défensif. La Lune peut révéler une peur ou une confusion, mais aussi ce qui ne se montre pas encore à la lumière du raisonnement. L’ouverture du symbole ne signifie pourtant pas que toutes les interprétations se valent : l’image possède une composition, des détails, un nombre et une place qui résistent à la fantaisie.


Du Tarot prédictif au discernement


Wirth n’a pas exclu la divination ; son œuvre lui accorde une place réelle. TRIADIA assume cependant un déplacement clair. Elle conserve l’architecture symbolique, la discipline de l’observation et la dynamique de transformation, mais ne présente pas les cartes comme l’annonce certaine d’un événement futur.


La question n’est donc plus : « Que va-t-il m’arriver ? » Elle devient : « Que révèle cette situation ? Quelle tension agit ici ? Quelle part de moi n’est pas encore entendue ? Quel acte devient possible si je regarde plus justement ? »


Ce déplacement est essentiel. Une lecture prédictive peut placer la personne dans l’attente d’un avenir annoncé. Une lecture symbolique la reconduit à sa capacité d’observer, de choisir et d’agir. Le Tarot ne ferme pas l’avenir : il approfondit le présent.


Un miroir, mais un miroir structuré


Dans TRIADIA, le Tarot devient un miroir structuré. Un miroir, parce qu’il permet à la personne de reconnaître certains aspects de son expérience. Structuré, parce qu’il ne se contente pas de refléter son discours immédiat : il introduit un ordre, des écarts, des polarités et des relations capables de déplacer sa première lecture.


L’arcane n’est jamais une identité attribuée à la personne. Dire « vous êtes l’Empereur » ou « votre relation est la Maison-Dieu » enfermerait le sujet dans l’image. Une carte représente plutôt une fonction, une tension ou un moment possible. Le praticien formule une hypothèse, puis la soumet à l’expérience de la personne. Il n’énonce pas un verdict.


Esprit, Âme, Matière : du sens à l’acte


TRIADIA organise cette lecture autour de trois plans complémentaires. L’Esprit clarifie la structure de la situation : les faits, les choix, les contradictions et les finalités. L’Âme accueille ce que l’image éveille : une émotion, une résistance, une peur, un désir ou une aspiration. La Matière interroge l’incarnation : quelle parole, quelle limite, quelle décision ou quel premier geste traduira la compréhension acquise ?


Imaginons un dirigeant qui tire l’Empereur alors qu’il cherche à reprendre la main sur une équipe en difficulté. Une lecture rapide pourrait l’encourager à renforcer son contrôle. Une lecture structurée examinera aussi ce que l’Empereur construit, protège ou rigidifie. Si Tempérance apparaît à ses côtés, la question devient celle d’une juste circulation entre cadre, écoute et coopération. Le sens naît de la configuration, jamais d’un mot-clé isolé.


Apprendre à regarder avant d’interpréter


Lire Wirth exige une discipline du regard : décrire la scène, observer les postures, les directions, les objets, les couleurs, le nombre et la place ; comparer et relier ; puis seulement formuler une hypothèse. Cette lenteur protège la personne contre les projections du lecteur et le lecteur contre sa propre fascination.


Le praticien n’est donc ni un oracle ni le propriétaire d’un savoir caché. Il garantit un cadre de lecture, veille à la qualité de la question, respecte l’image, maintient plusieurs hypothèses ouvertes et ramène toujours la réflexion vers le réel.


Interpréter sans posséder, éclairer sans imposer, comprendre afin d’agir avec davantage de présence et de responsabilité.


C’est en cela que Wirth fournit à TRIADIA une part essentielle de son ossature. Le Tarot devient une architecture où l’image, le nombre et la relation composent une grammaire. Le symbole ne livre pas une réponse prête à l’emploi : il ouvre un chemin entre la conscience et l’acte juste.


Pour prolonger la réflexion


Dans un prochain article, nous verrons comment Carl Gustav Jung permet de comprendre la résonance psychique des images, leur dimension archétypique et leur rôle dans le processus de connaissance de soi.



 
 
 

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