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Magnifica Humanitas

23 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 sept.


Bannière Magnifica Humanitas : une femme pensive face à un réseau lumineux symbolisant l’intelligence artificielle.

Par Jean Jacques Jeannin - fondateur de TRIADIA


Magnifica Humanitas pose une question essentielle — que devient notre humanité lorsque nous déléguons toujours davantage aux machines ? 

Sa portée dépasse le seul public catholique.


Cette première encyclique de Léon XIV, signée le 15 mai et publiée le 25 mai 2026, porte sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Elle s’inscrit dans la tradition sociale de l’Église.

Cet encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV interroge la place de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Dignité, liberté intérieure, responsabilité : ces questions rejoignent une préoccupation centrale de TRIADIA, celle du discernement. Comment bénéficier des possibilités de la technologie tout en cultivant notre capacité à comprendre, à choisir et à donner du sens à nos actes ?


Nous pouvons aujourd’hui demander à une intelligence artificielle de rédiger un message, de comparer des possibilités ou de nous aider à préparer une décision. Cette facilité ouvre des perspectives. Elle nous invite aussi à une vigilance : quelle place conservons-nous dans le cheminement qui conduit d’une question à un choix ?

L’encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV porte sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Elle offre un point de départ à cette réflexion. [1]

Je vous propose une lecture depuis la démarche TRIADIA. Les repères empruntés au texte sont signalés ; les exemples et les pistes pratiques constituent un prolongement personnel autour de la connaissance de soi et du discernement.


Que dit l’encyclique Magnifica Humanitas ?


Magnifica Humanitas inscrit les transformations numériques dans la doctrine sociale de l’Église. Elle reconnaît les possibilités de la technique tout en interrogeant ses finalités, la répartition du pouvoir et ses conséquences humaines. La dignité, le bien commun, le travail, la vérité et la paix structurent cette réflexion. [1]


Pour entrer dans ce texte, je propose de partir d’une situation simple : une organisation adopte un outil capable de traiter davantage de demandes en moins de temps. Ce gain est réel. Mais il laisse ouvertes plusieurs questions. Que devient le temps libéré ? Les personnes peuvent-elles encore expliquer une situation particulière ? Qui répond d’une décision inadaptée ? Les professionnels gardent-ils la possibilité de contester le résultat proposé ?


Ces interrogations déplacent notre regard vers l’usage concret et ses conséquences. Un outil peut simplifier une tâche tout en compliquant une relation. Il peut également dégager du temps pour une écoute plus attentive. L’orientation donnée au projet compte donc autant que la capacité technique recherchée.


Cette lecture suppose de reconnaître le cadre chrétien de l’encyclique. Son raisonnement théologique ne se confond pas avec une approche laïque de l’accompagnement. Un dialogue reste néanmoins possible autour de questions partagées : comment traiter chacun avec respect ? Comment exercer une responsabilité ? À quelles conditions une innovation améliore-t-elle une existence ?


Pour TRIADIA, l’intérêt de cette rencontre réside dans les questions qu’elle permet d’approfondir. Une conviction devient féconde lorsqu’elle accepte de se confronter à des situations, à d’autres points de vue et aux conséquences de sa mise en œuvre.


La dignité humaine au-delà de la performance


Au paragraphe 53, Léon XIV affirme que la dignité fondamentale de la personne n’est pas quelque chose à acquérir, à mériter ou à démontrer. [1]


Dans l’accompagnement, cette distinction permet de séparer deux réalités trop facilement confondues : l’évaluation d’un résultat et le jugement porté sur soi. Un projet peut échouer. Une compétence peut demander à être développée. Une personne peut traverser une période de moindre efficacité. Rien de cela ne résume son identité.


Prenons l’exemple d’un professionnel expérimenté confronté à de nouveaux outils. Il constate qu’un logiciel réalise rapidement une tâche qui lui demandait plusieurs heures. Il peut alors se demander : « Si une machine fait cela plus vite, quelle est encore ma valeur ? »


Cette question mérite d’être accueillie avant de chercher à rassurer. Elle révèle parfois combien l’estime de soi s’est construite autour de l’utilité, de l’expertise ou de la reconnaissance reçue. Le travail intérieur consiste alors à examiner ce qui demeure : une histoire, des engagements, une manière d’écouter, une connaissance du contexte, une responsabilité dans la relation.


Reconnaître cette valeur n’exonère pas d’apprendre et de s’adapter. Cela permet de le faire sans transformer chaque difficulté en condamnation personnelle. L’apprentissage devient plus libre lorsque l’erreur peut être reconnue sans honte excessive.


Cette exigence concerne également les organisations. Affirmer le respect des personnes prend un sens concret lorsqu’un changement s’accompagne d’explications, de formation, d’un temps d’appropriation et d’une possibilité réelle de dialogue.


Une question peut nous guider : lorsque j’évalue une personne, est-ce que je lui laisse la possibilité d’exister au-delà du résultat que j’attends d’elle ?


Intelligence artificielle et liberté intérieure


Dans les paragraphes 170 et 171, l’encyclique examine les effets du numérique sur la liberté, notamment à travers la captation de l’attention et l’orientation des comportements. [1]


Je propose de prolonger cette réflexion par une question personnelle : dans quelles dispositions utilisons-nous un outil qui répond immédiatement ? Nous pouvons y chercher une information, mais aussi du réconfort, une confirmation ou le soulagement de ne plus avoir à hésiter.


Imaginons une personne qui demande à une IA de l’aider à répondre à un message conflictuel. Une première proposition lui semble trop modérée. Elle reformule sa demande jusqu’à obtenir une réponse plus sévère. L’outil aura peut-être amélioré la formulation, tandis que la décision de fond sera restée gouvernée par la colère initiale.


C’est précisément dans cet espace entre la réaction émotionnelle et la décision que la démarche TRIADIA peut intervenir, notamment par un tirage avec le Tarot de Wirth, utilisé comme support symbolique de connaissance de soi et de discernement.

Le tirage ouvre un temps de rencontre avec les images. La personne décrit ce qu’elle voit, ce qui attire son attention, ce qui la touche ou la dérange. Accompagnée dans cette exploration, elle peut mettre des mots sur ce que la situation fait résonner en elle. La signification ne lui est pas imposée : elle se construit dans le dialogue entre le symbole, son vécu et la question posée.


Dans l’exemple du message conflictuel, une image pourrait ainsi évoquer pour elle le besoin de se défendre, le sentiment de ne pas être reconnue ou la difficulté à poser une limite. Ce sont des pistes à interroger, et non des vérités révélées par les cartes. La colère peut alors devenir une porte d’entrée vers une compréhension plus fine : qu’est-ce que je cherche à protéger ? Qu’ai-je besoin de faire entendre ? Quelle réponse serait juste pour moi, tout en tenant compte de l’autre ?


Le travail se poursuit sur les trois plans de TRIADIA : l’Esprit, pour clarifier l’intention et les principes qui orientent la réponse ; l’Âme, pour accueillir les émotions et examiner les interprétations ; la Matière, pour revenir aux faits, aux contraintes et à l’acte concret à poser.


Dans cette pratique non divinatoire, le Tarot ne prédit pas l’issue du conflit et ne décide pas à la place de la personne. Il sert de médiation pour explorer sa manière de vivre la situation et envisager d’autres possibilités. Cette mise à distance peut l’aider à retrouver une marge de liberté avant d’agir.


L’intelligence artificielle pourra ensuite l’aider à formuler son message. Mais l’intention aura été clarifiée : exprimer un désaccord, poser une limite ou proposer un échange, avec une meilleure conscience de ce qui motive ses mots.


Préserver notre capacité de discernement


Dans la perspective proposée ici, discerner signifie examiner une situation pour choisir une action dont on puisse expliquer les raisons et assumer les conséquences. Cela implique de tenir ensemble des informations, des émotions, des valeurs et des contraintes.


Une réponse bien formulée peut aider ce travail. Elle ne dispense pas de vérifier si la question posée était la bonne. Demander « Comment convaincre mon équipe ? » suppose déjà que la décision mérite d’être acceptée. Demander « Quelles objections de mon équipe devrais-je examiner ? » ouvre un autre espace de réflexion.


Pour utiliser une IA comme appui au discernement, cinq repères peuvent être utiles :

  1. Décrire les faits. Qu’ai-je observé directement ? Quelles informations sont vérifiées ? Où commencent mes suppositions ?

  2. Reconnaître mon implication. Qu’est-ce qui m’inquiète, me séduit ou me met en colère ? Quelle réponse ai-je déjà envie d’entendre ?

  3. Préciser mes critères. Qu’est-ce qui compte dans cette décision : l’équité, le délai, la qualité de la relation, la sécurité, la cohérence avec un engagement ?

  4. Éprouver plusieurs possibilités. Quels sont les arguments contraires ? Qui subira les conséquences ? Avec qui faut-il en parler ?

  5. Choisir une action et un moment de réévaluation. Que puis-je décider maintenant ? Que dois-je encore vérifier ? Quand examinerai-je les effets de mon choix ?


Ces repères sont une proposition pratique pour cet article, et non une méthode extraite de l’encyclique.


Prenons une décision de reconversion. Un outil peut aider à comparer des formations ou à organiser des questions. Mais le choix demande aussi de considérer la situation familiale, les ressources disponibles, l’énergie, les aspirations et les réalités du métier envisagé. Une rencontre avec un professionnel ou une expérience de terrain peut alors apporter ce qu’aucune comparaison abstraite ne fournit.


Le discernement accepte une part d’incertitude. Son exigence est de rendre le choix aussi conscient, informé et responsable que possible.


Une lecture en résonance avec la démarche TRIADIA


Le rapprochement proposé ici est une mise en dialogue. TRIADIA ne prétend ni résumer la pensée de Léon XIV ni en recevoir une validation. Sa démarche peut cependant accueillir les questions soulevées par cette lecture et les ramener à l’expérience de chacun.


Se connaître conduit à examiner notre relation à l’outil. Pourquoi cette réponse me rassure-t-elle ? Pourquoi cette objection m’irrite-t-elle ? Suis-je en recherche d’éclairage ou d’autorisation ? Ces questions permettent de reconnaître les attentes que nous apportons nous-mêmes dans l’échange.


Interpréter invite à mettre à distance les images et les récits associés à la technologie. La promesse de tout maîtriser, la peur de devenir inutile ou l’espoir d’une réponse parfaite peuvent être explorés comme des représentations. L’approche symbolique peut soutenir cette exploration lorsqu’elle demeure ouverte, sans prédiction et sans imposer une signification à la personne.


Discerner engage enfin à revenir à la situation et à l’acte possible. Une prise de conscience prend corps lorsqu’elle modifie une manière de décider, de parler ou d’entrer en relation.


La grille Esprit, Âme, Matière de TRIADIA permet d’organiser cette réflexion :

  • Esprit : quelle finalité est-ce que je poursuis ? Quels principes et quels critères orientent mon choix ?

  • Âme : quelles émotions, quels désirs ou quelles peurs interviennent ? Qu’est-ce que cette situation fait résonner en moi ?

  • Matière : quels sont les faits, les ressources, les limites et les délais ? Quel acte concret puis-je poser ?


Cette grille appartient à TRIADIA ; elle n’est pas présentée comme une structure de l’encyclique.


Avant votre prochain usage d’une intelligence artificielle pour une question importante, vous pouvez prendre un instant pour formuler votre intention. Puis, après l’échange, interrogez-vous : qu’ai-je mieux compris ? Qu’est-ce qui demande encore vérification ? Quelle décision m’appartient désormais ?


Vous souhaitez approfondir votre manière de décider, mieux comprendre ce qui vous anime ou traverser une période de questionnement ?

Découvrez la démarche TRIADIA et ses possibilités d’accompagnement sur triadia.fr.


Cette approche est utilisée dans mes accompagnements et décrite dans mon livre : 

"Le Silence du Symbole à la Clarté de la Conscience".


[1] Léon XIV, Magnifica Humanitas, lettre encyclique du 15 mai 2026. Repères : introduction et table des matières ; § 53 sur la dignité ; § 170–171 sur la liberté à l’ère numérique.







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